Balkans : merci pour l’engagement de chacun de vous

Balkans 1ROUTE

 

Chers tous, pour la seconde fois vos dons ont été acheminés dans les Balkans pour aider les réfugiés.
Merci infiniment pour votre aide. Elle était morale, matérielle et financière.

L’aide morale, c’était vos messages via Internet et en temps réel. Alors merci à tous.

L’aide matérielle, c’était les collectes. Elles étaient organisées régulièrement en septembre et octobre à Vannes et à Ploërmel.
Par la suite, elles sont devenues spontanées : plusieurs, parmi vous, nous ont contactés pour qu’on vienne chercher les dons en Bretagne, Loire-Atlantique et jusqu’aux portes de Paris. Et aussi dans nos communes du Morbihan, toujours Vannes et Ploërmel, Missiriac, Mauron…
Merci beaucoup.
L’aide matérielle c’était aussi le tri, la tache super difficile. Et d’autant plus difficile car les demandes dans les camps ont changé une semaine avant le départ. Heureusement que plusieurs amis étaient là pour nous aider.

Enfin, ce n’était pas simple.
Vous pouvez voir les listes des affaires que VOUS AVEZ DONNEES et que nous avons transportées, dans l’album photos. Merci encore.

Cette fois nous ne partions pas seulement à deux, mais à six et avec deux fourgons. Nous les avons loués avec l’assurance de rapatriement en cas de problème.

Cette action a été organisée dans le cadre de l’association créée à la suite du premier convoi : Solidarité réfugiés Centre-Bretagne, présidée par Christian Raguin.

Ce 1er convoi, organisé en octobre, a coûté un peu plus de deux mille euros. Nous l’avons payé avec nos économies. A notre retour, Madame Hutin, présidente de Solidarité Ouest-France nous a remis un chèque que nous avons déposé à  Solidarité réfugiés Centre Bretagne. 

Le député Paul Molac a aussi tenu sa promesse et a envoyé un chèque ( l’argent qu’il a pris sur ses fonds perso ! )

De janvier à février, nous avons proposé des conférences pour sensibiliser le maximum de personnes pour la cause des réfugiés. Peu de gens sont venus.
Lors de ces conférences quelques sous supplémentaires ont été collectés de nouveau.

Nous avons aussi lancé un site de financement participatif sur Hello asso : trois dons… Merci

Également, plusieurs donateurs particuliers ont transmis les dons directement à Solidarité réfugiés Centre-Bretagne.

Mine de rien, cet argent nous a permis d’organiser ce second convoi.
Nous avons eu du mal à trouver un chauffeur pour le 2e camion et d’une manière inattendue Philippe, membre de Solidarité réfugiés Centre Bretagne s’est proposé.

C’était quelque part magique, à chaque problème, la solution arrivait, il suffisait juste d’attendre.

Cette plateforme Soliref56 de Jerome Choain nous a été très utile, nous avons pu prendre contact avec Isabelle et Catherine qui ont fait des collectes à Hennebont ( ainsi plusieurs sacs sont partis dans les Balkans ).
La plateforme nous a permis aussi de rencontrer Yves, qui est allé à Idomenie. Et nous allons probablement mener notre prochain projet avec son aide.

Merci

Ewa et Denis

Ci joint, les récits et les photos.  Bonne lecture.

Dobova

Je ne sais pas par quels mots commencer ce récit. Peut être par un cri de silence. Ce cri muet, le seul qu’un être vivant est capable d’émettre quand la douleur sans limite l’étouffe.

C’était ce cri qu’on entendait la nuit dans le camp à Dobova.

Nous y sommes arrivés lundi 15 février. Le centre de transit à Dobova, à la frontière entre la Slovenie et la Croatie est une petite structure. En contact avec l’association présente dans le camp, Slovenska filantropija, nous avons apporté des affaires dont ils avaient besoin : des vêtements pour les enfants de 0 à 5 ans, du lait, des biberons et aussi des chaussures pour les adultes.
La coordinatrice nous a demandé, « si vous revenez, apportez nous des chauffes-biberons. Les bébés pleurs, le lait est froid. Les mères sont trop fatiguées pour nourrir tout le temps au sein. »
De qui parlait elle ? Le camp était vide, seulement quelques volontaires rangeaient les affaires qu’ on venait d’apporter.
Vers 1h du matin nous avons appris que probablement un convoi arrivera à 4h du matin.
« Deux personnes iront à la gare qui est à 500 m d’ici. Pas besoin de plus de volontaires, la police ne le souhaite pas. La nuit, les réfugiés prennent le bus entre la gare de train et ce camp. Deux autres volontaires resteront à l’arrivée des bus. Vous allez les accompagner du bus jusqu’aux tentes d’enregistrement : à gauche pour ceux qui ont les passeports, à droite les autres…
Si une personne est très souffrante, vous l’accompagnez chez les médecins, vous restez avec elle tout le temps. Pour les mamans avec des nourrissons, si besoin il y a un local a côté, géré par l’association Waha, vous ne les laissez pas seules, vous prévenez la police que vous l’accompagnez à Waha.
Après l’enregistrement, les soins, la distribution : de la nourriture, des produits de première nécessité, des vêtements, chaque personne doit venir dans cette grande tente » nous a précisé le coordinateur de nuit.
A peine 4h passées, le premier bus arrive. Un long bus, avec 70 à 80 personnes à l’intérieur. Parmi elles une trentaine sont des très jeunes enfants. Toutes les portes s’ouvrent, il nous manque des bras pour les aider à descendre, pour porter des enfants terrifiés. Ils sont tous épuisés par ce qui leur arrivent : la guerre, la fuite, les passeurs, la traversée de la mer…les arnaques, puis à présent des contrôles interminables.
Les mères nous confient leurs bébés avec soulagement. Pendant ces quelques mètres ( entre le bus et les espaces d’enregistrement) elles reposent leurs bras ankylosés. Leurs autres petits marchent sagement à côtés d’elles. Une petite fille avance à travers les flaques d’eau, dans ses bras , un pack de lait serré contre sa poitrine.
Le va et vient des bus dure un peu, au total quelque 750 personnes sont acheminées vers le camp, dont près de 200 jeunes enfants.
Le premier car a ouvert toutes ses portes pour permettre aux réfugiés de sortir rapidement, mais cela a provoqué un certain désordre, et la police n’a pas apprécié.
Les bus suivants ouvriront seulement la porte de devant pour que chaque personne qui descende passe devant le service d’ordre.
La grande pièce sous la tente, que nous avons vue en rentrant dans le camp, est désormais chauffée. Les personnes enregistrées y arrivent, famille par famille. On les aident à s’installer en étalant les petits tapis en mousse sur le plancher en bois, on ajoute plusieurs couvertures. On enlève les chaussures des petits, vérifie leur état… Souvent les chaussettes et les pantalons sont mouillés… On va chercher les changes. Les mères avec les nouveaux nés se cachent sous les couvertures, dénudent leur sein. Hors de question qu’elles aillent dans l’espace qui leur est réservé, elles ne quittent pas le cercle familial par peur d’être séparées. Alors on s’assoie à côté, juste un moment, demande les prénoms des enfants, d’où ils viennent. Elles répondaient éreintées « d’Afrin, d’Azaz, d’Alep. »
Subitement un cri déchire l’air suffoquant. Une jeune mère soulève son bébé, elle est dans la panique. Elle court partout, cherche un traducteur en arabe.
La grande salle commune est de plus en plus remplie. Nous ne savons plus où asseoir les familles qui continuent d’arriver après la vérification d’identité.
Il n’y a plus de tapis, alors on met plusieurs couches de couvertures. Elles ont une odeur forte, cette même odeur de désinfectant et de corps humain, que nous avons connue dans l’ancien camp de transit à la frontière serbo-croate, à Opatovac.
Le jour se lève. Un père de famille demande des chaussures, il a déjà une paire sur ses pieds mais elle est« trop petite » nous dit-il. Effectivement, il les portent en savates. On a pas le droit de lui donner des affaires dans la grande tente. Il est obligé de venir dans l’entrepôt avec nous. Avant de partir il rassure sa femme, elle ne veut pas qu’il aille. Ils décident qu’un de ses enfants ira avec lui.
En sortant de la tente il croise un autre homme, accompagné d’un policier, ils se connaissent et échangent quelques mots rapidement. Le policier les presse.
L’homme sous la surveillance policière laisse ses deux sacs à l’entrée de la grande tente, il n’aura pas le droit d’aller vers ses proches.
On apprendra qu’il sera reconduit à la frontière croate. Il n’avait pas de passeport, où n’a pas répondu correctement aux questions. Personne ne comprend cette procédure et qui serait de plus en plus fréquente sur la route des Balkans.
Dans la grande tente, certains ont réussi de se reposer un peu. Un homme nous raconte qu’il a étudié la littérature française à Alep, il y a dix ans. Il se souvient de quelques mots. Il raconte qu’il a eu très peur pour sa famille lors de la traversée de la mer. Que maintenant il ne peut pas dormir. Il ne sait pas où ils vont être emmenés. Il demande s’il y a d’autres contrôles.
Ils sont au bout de leurs forces mais pas au bout de leurs peines. Vers 9h ils seront de nouveau reconduit au train, les uns vont continuer la route vers l’Autriche, d’autres seront renvoyé vers la Croatie.
Slavonski Brod
Arrivés dans le camp de Slavonski Brod, mardi 16 février, nous avons passé notre temps à faire du tri de vêtements, regarder les trains vides passer et attendre l’arrivée des réfugiés.
Situé à la frontière entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine ce camp a ouvert en novembre dernier avec la capacité d’accueil de 5 000 personnes. Sur sa grille d’entrée un panneau annonce en croate : Centre d’accueil et de transit hivernal de la République Croate, la gestion gouvernementale de la crise.
Le fonctionnement du centre est très strict : personne ne rentre ni sort sans être passé par le portique de détection des métaux, par la barrière surveillée par d’autres policiers, puis par le bureau de vérification des accréditations. Nous avons obtenu celles-ci plusieurs jours avant notre arrivée au camp grâce à l’association Interéuropéen Human Aid association (IHA, association intereuropéenne d’aide humanitaire). Ces accréditations ont été délivrées par le Ministère de l’intérieur croate.
À chaque passage, d’entrée et de sortie du camp nous avons eu l’obligation de passer par ce bureau. La police comparait nos passeports avec les informations figurantes sur les accréditations, puis elle nous donnait, à chacun, un badge numéroté. Dans la journée on sortait plusieurs fois du camp. Au retour, on était de nouveau vérifiés.
Un jour je suis venue sans mon passeport. J’ai expliqué au chef du bureau de vérification qu’il m’avait déjà vu, que je suis avec l’ensemble de l’équipe française et qu’il a déjà mes données dans son dossier (photo y comprise). Il ne voulait rien savoir. Quelques minutes plus tard, de retour dans le camp avec le passeport, il me laissait passer.
Nous étions loin de la gestion de la crise des réfugiés, telles que nous l’avions connue à Opatovac, en octobre dernier.
Si le contrôle était si rigoureux auprès des volontaires, à quel point devait-il l’être pour les réfugiés.
La veille, dans le camp en Slovénie, nous en avons eu un aperçu : à gauche ceux qui ont le passeport, à droite les autres, puis le renvoi…
Mardi, en arrivant dans le camp croate avec nos deux fourgons, remplis au 3/4 (lundi soir nous avons déjà livré des affaires pour les bébés et les enfants âgés jusqu’à 5 ans et une partie des chaussures dans le camp à Dobova, en Slovenie), nous étions pris en charge d’abord par le coordinateur d’IHA. Celui-là a prévenu la Croix Rouge croate qui est venue nous aider à les décharger.
Contrairement aux camps d’Opatovac et de Dobova dans celui-ci nous ne pouvions pas rentrer avec nos camions. Le déchargement s’est fait devant la grille d’entrée, pendant presque une heure : de nos camions aux voitures de la Croix Rouge et sous le regard des policiers qui ne cessaient de commenter que « le camp va prochainement fermer. »
Effectivement, deux jours plus tard nous avons assisté aux premiers démantèlements. Le nouveau gouvernement croate, formé fin janvier, mettait ses promesses à exécution.
Nous avons apporté des affaires, les plus utiles pour l’hiver : blousons, pulls, pantalons, chaussures, pour adultes, adolescents et enfants. Tout a été rangé dans un des hangars à l’intérieur du camp, « pour être distribués rapidement. »
Jeudi nous sommes revenus dans ce hangar, situé à côté de la rampe d’arrivée des trains, pour refaire le rangement. « Quand la distribution est lancée dans le grand hangar géré par la Croix Rouge, nous devons facilement et rapidement trouver les affaires qui manquent et leurs apporter » nous a expliqué une volontaire d’IHA.
Plusieurs cartons avec les pantalons pour les enfants ont été placés à l’entrée « C’est urgent, les enfants en ont besoin, leurs pantalons sont toujours mouillés » nous-disait-elle.
Les autres jours nous avons contribué au tri des affaires dans deux dépôts à l’extérieur du camp. Les cartons venaient de différents pays, mais n’étaient pas rangés suivant le besoin du moment. Jusqu’à présent, seuls les vêtements chauds ont été demandés, désormais on devait prendre aussi « des vêtements pour le printemps mais pas de grandes tailles » nous expliquaient le coordinateur d’Adventist Development and Relief Agency, (Adra, une association humanitaire qui travaillait en collaboration avec IHA.)
Dans ce hangar situé dans une petite zone artisanale, nous nous sommes aussi retrouvés plusieurs fois à faire le tri à côté de Jesuite Refugee Service, une association de Jésuites et également à côté d’une autre association, de Mitrovica. Nous étions tous engagés pour aider la Croix Rouge croate.
Ainsi, les associations laïques et religieuses travaillaient côte à côte. Nous étions aussi de différentes nationalités. Croates, Tchèques, Slovaques, Serbes, Allemands, Autrichiens, Suisses et aussi Américains, Soudanais, Libyens… l’échange se faisait en plusieurs langues. Nous avons rencontré un traducteur originaire d’Afghanistan et qui vivait depuis près de 30 ans en Slovaquie.
Nos convictions politiques, religieuses, les différences nationales ont été oubliées, nous avançons ensemble.
Parfois on entendait un train siffler. Le jour, il s’arrêtait dans le camp pour apporter seulement quelques personnes. « La Slovénie les a refoulés, ils sont quinze, cette fois » nous a précisé le jeudi 18 février la coordinatrice.
A la fin de la semaine ils seront près de 180 à être enfermés dans une partie du camp de Slavonski Brod sans que les volontaires puissent leur porter de l’aide.
Dans sans inverse, le dernier convoi de prévenance de Sid (Serbie), datait de la nuit de mardi 16 à mercredi 17 février : 800 personnes, beaucoup de jeunes enfants, une fois de plus débarqués à 4h du matin, épuisés.
Cette semaine, le train est aussi arrivé le 20 février, vers 10h avec 846 personnes : 292 hommes, 201 femmes et 353 enfants. Après les contrôles d’identité ils sont repartis vers la Slovénie.
Toutefois les trains avec les refoulés ont continué : sur la semaine près de 400 Syriens, Irakiens et Afghans ont été repoussés vers la Serbie.
Avant notre départ pour la France une coordinatrice nous a dit « le plus difficile reste à venir, je parle des personnes qui vont être reconduites. On entend dire que la seule Croix Rouge assistera les policiers. »
Sur la route de retour, en Slovénie, on croise un convoi militaire avec des chars.
Les Balkans devenaient la route du rejet. L’Autriche venait poser son quota de réfugiés par jour… Les sas installés entre la Grèce, l’ancienne république yougoslave de Macédoine, la Serbie, la Croatie, la Slovénie et enfin l’Autriche devenaient de plus en plus infranchissables.
A présent, dans les Balkans les militaires sont déployés quasiment à chaque frontière pour aider la police, sauf en Croatie. Son Président Sabor Zeljko Reiner a déclaré, le 1er mars « l’envoi de troupes à la frontière dépend de l’évaluation de la sécurité. »
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